DMLA, une atteinte progressive de la vision centrale
La DMLA, dégénérescence maculaire liée à l’âge, est une pathologie qui touche la vision centrale. Longtemps silencieuse, elle peut, dans les stades avancés, avoir un impact important sur la vie des patients. Des signes cliniques aux pistes thérapeutiques, nous faisons le point avec le Dr Jean-François Girmens de l’Hôpital national des 15-20.

Dr Jean-François Girmens
Ophtalmologiste à l’Hôpital national des 15-20. © DR
La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est une maladie de la rétine qui touche les personnes de plus de 50 ans. Elle constitue la première cause de malvoyance chez les personnes âgées. « Il s’agit d’un vieillissement trop rapide de la macula », résume le Dr Jean- François Girmens, ophtalmologiste à l’Hôpital national des 15-20. Il précise : « La macula est la région centrale de la rétine, qui est responsable de la vision précise. C’est elle qui permet de lire ou encore de reconnaître des visages. A un stade avancé, les patients peuvent donc être très gênés pour effectuer certaines tâches de la vie quotidienne, mais la DMLA ne rend pas aveugle car la vision périphérique est conservée. »
L’évolution de la DMLA est lente. Dans les premiers stades, la DMLA est souvent silencieuse : le patient ne présente pas de symptômes, et seul l’examen ophtalmologique permet de détecter la maladie. Au fil du temps, les cellules photoréceptrices de la rétine dégénèrent puis disparaissent progressivement, ce qui aboutit à une perte de vision qui peut être plus ou moins importante.
Une phase précoce et deux formes tardives
La DMLA débute par une phase précoce, appelée maculopathie liée à l’âge. Celle-ci est caractérisée par l’accumulation de dépôts (appelés drusens) sous la rétine, qui peuvent s’associer à des modifications de pigmentation. Ces anomalies sont visibles au fond d'œil, avant les premiers symptômes. Lorsque la maladie progresse, la DMLA peut évoluer vers deux formes plus sévères, qui sont responsables d’une baisse de l’acuité visuelle :
la DMLA atrophique correspond à la poursuite de la dégradation des cellules rétiniennes, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cellules au centre de la macula. La perte de vision est lente et irréversible.
la DMLA exsudative (aussi appelée DMLA néovasculaire ou humide) se caractérise par la prolifération de néovaisseaux anormaux sous la rétine. Sans traitement rapide, ces néovaisseaux peuvent provoquer des oedèmes et hémorragies entraînant une baisse brutale de la vision centrale.
Des premiers signes à la perte de vision centrale
Aux premiers stades, la maladie passe souvent inaperçue. « Les premiers signes que peuvent ressentir les patients sont des difficultés d’adaptation aux changements de luminosité. Ils sont davantage éblouis quand il y a beaucoup de lumière, et inversement, ils peinent à lire quand l’éclairage est faible. A mesure que la maladie évolue, ils peuvent percevoir des déformations, qu’on appelle métamorphopsies, et à un stade plus avancé, les déformations peuvent augmenter et laisser place à une perte de vision centrale », détaille le Dr Jean-François Girmens.
"Les patients ne perçoivent pas une tache noire, mais décrivent une zone de flou ou d’absence de vision."
La représentation schématique des symptômes de la DMLA par une tache noire au milieu du champ de vision ne reflète pas vraiment la vision des patients : « Les patients ne perçoivent pas une tache noire, mais décrivent une zone de flou ou d’absence de vision. Par exemple, quand ils lisent un mot, il manque le milieu du mot. Les difficultés pour tout ce qui est lié à la vision précise se manifestent dans beaucoup de situations : ils ne sont plus capables de lire une étiquette, un nom de rue, le nom d’une station de métro, ou de reconnaître un visage. Quand ils croisent quelqu’un dans la rue, ils voient qu’une personne est devant eux mais ils ne distinguent pas les traits du visage. »
Si les patients atteints de DMLA avancée n’ont pas un comportement de malvoyant (grâce à la conservation de la vision périphérique), leur perte de vision constitue un handicap dans la vie quotidienne. La conduite automobile peut devenir impossible, et certaines tâches comme la lecture ou l’utilisation d’outils visuels (smartphones) deviennent difficiles.
Les facteurs de risque et la prévention
Si le vieillissement reste le principal facteur de risque, d’autres facteurs ont été mis en évidence, liés à l’alimentation, au tabagisme, à l’exposition à la lumière et à la prédisposition génétique.
Au stade débutant, les mesures de prévention sont des règles hygiéno-diététiques : « On conseille aux patients d’avoir un régime proche du régime méditerranéen, riche en fruits, légumes, poissons, et oméga 3. Il est également recommandé de protéger les yeux du soleil (lunettes de soleil) et de ne pas fumer, car le rôle du tabagisme est clairement établi dans la survenue et l’aggravation de la DMLA. » Chez certains patients au stade de DMLA intermédiaire, révélé au fond d'œil, ces recommandations peuvent être complétées par des prescriptions de compléments alimentaires spécifiques (antioxydants, pigments maculaires), qui diminuent le risque d’évolution vers une forme avancée.
De manière générale, le suivi ophtalmologique est recommandé à partir de 50 ans, même en l’absence de symptômes. Une consultation ophtalmologique, par exemple au moment de l’arrivée de la presbytie, permet de dépister simplement la DMLA et d’autres pathologies oculaires liées à l’âge, comme le glaucome ou la cataracte. Le Dr Jean-François Girmens ajoute : « En présence de signes de DMLA, on conseille au patient de se surveiller lui-même à la recherche de signes d’aggravation rapide. Des tests visuels avec une grille d’Amsler permettent de contrôler la vision œil par œil. Il existe également des applications par téléphone pour surveiller sa vision, comme Odysight. »
Propos recueillis par Sophie Vo.
La suite de cet article sera à découvrir la semaine prochaine : le lundi 9 novembre 2026 !
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